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10. Aux frontières de l'Artense réenchantée !


10. Aux frontières de l'Artense réenchantée !
Mars, le printemps des Poètes, mot que je me culpabilise de prononcer, mes lecteurs risquant de déguerpir tels des lièvres à la lisière des bois… 

L’Artense en ses frontières, ses vieux garçons, son bois de chauffage, ses granges, les ombres de nos pères, Paris tel qu’on se le représente : cela en six tableaux resserrés de douze pieds, en gros sabots, au final prosaïques comme du bon pain… Hymnes à l’Artense, odes à l’Artense, manières de chansons sur qui poser les airs de musique intime que vous portez au cœur ! 

Artense

Et où cela se trouve votre Artense, Artense ? / En plein dans l’hexagone mais loin d’Ile de France / Quelles rivières parcourent l’Artense, Artense ? / Des torrents vifs et clairs se moquant de Durance / Les montagnes montent haut en Artense, Artense ? / Point trop, discrète estive y joue à transhumance / Comment va la vie des gens en Artense, Artense ? / On fait aller, le gris marbré à la confiance…

Jours comme rimes y défilent drus et denses / J’aime à penser que là toute chose y fait sens / Qu’un fil métaphysique y tend une présence / Qu’un art plutôt rugueux en souligne l’intense !

Vieux garçons

Après la deuxième guerre, un grand flux d’exode / A vidé nos pays pour des cieux plus commodes / Cet ample glissement vers la lumière urbaine / A emporté les filles enchantées par l’aubaine.
Des aînés épinglés aux fermes familiales / Ne trouvèrent à l’âge de promise idéale / Ils se remémorent de vaines tentatives / Des aventures de bal plus qu’expéditives / Jeunesse s’est fanée et sorties espacées / Dimanche, ils ont gardé leurs habits rapiécés.
On devient un peu ours à trimer sans façon / Et de célibataire on passe à vieux garçon…
Ils se disent peinards, qu’elles sont casse-pieds / Popote et vaisselle sont bien vite expédiés / Bleu et charcuterie s’affichent aux menus / De gros rouge arrosés sans plus de retenue.
Ils voient des jeunots, leurs infirmières épouses / Dans des salons nickel, en douce ils les jalousent…

Bois de chauffage

On n’arrêtait jamais, ainsi était la loi / Aux intervalles les hommes faisaient du bois / Les femmes reprisaient, façon d’équivalent / Pas de place gardée pour les rois fainéants.
Près du hangar, toujours, étaient là pour la scie / Des branches émondées contre un tronc endurci / Des rondins à fendre s’offraient aux bras d’airain / Á la hache aiguisée, à la masse et aux coins.
Le choix de nos proies ne devait rien au hasard / Ces frênes cet hiver, le gros hêtre plus tard / Sitôt l’arbre abattu on en comptait les cernes / Revenaient les vécus de famille et d’Arverne.
Glissaient les va-et-vient des longs passe-partout / Des bûches noueuses jusqu’aux modiques bouts / Tout était consommé écologiquement / Avant la tronçonneuse au moteur énervant ! 

Les granges

Elles gémissent, nos granges / Toutes vides / Sous le grand vent qui hurle / Elles grelottent, nos granges / Dévêtues / Quand il gèle à pierre fendre / Elles transpirent, nos granges / Sans défense / Sous l’ardoise qui brûle / Elles languissent, nos granges / Inutiles / De trop devoir attendre…
Nos granges en sursis, elles se remémorent / Leurs fuselages nus de navires inversés / Charpentes soulevées au ciel, hauts mâts dressés / Par des bras d’entraide ardents unis dans l’effort.
Nos granges entêtées, encore elles contiennent / Sur leurs ponts vermoulus, des graines, des pollens / Poussières et débris d’insectes emmurés / Datant de mottes hissées jusqu’à faux-entraits.
Á rire ou pleurer, elles revivront, nos granges / De métamorphose viendra bain de jouvence / Regain de vie, foin d’abandon, corne d’abondance / Et balles rondes d’espoir lancées par des anges !

Nos pères

Bons papas en coutil de semaine courante / Qui disaient l’essence des choses signifiantes / Le sec du vent qui essuie rosée, gelée blanche / Le dessin des stries livrant le grain de la planche / Le temps suspendu entre l’éclair, le fracas / La nuance des verts de sapin, d’épicéa…
Bons papas noueux aux fortes mains agrestes / Qui nous dégrossissaient à la science du geste / Siphonner le fioul aux tuyaux communicants / Accompagner la serpe, tresser des nœuds coulants / Affûter la faux d’un fil de pierre que l’on frôle / Boucler la claie tendue d’une poussée d’épaule…
Bons papas bleu de chauffe n’ayant jamais compris / Dynastie des rois, baises-mains, flagornerie / Bons papas ne sachant du beau monde l’usage / Mais qui portaient le tout de vie drue, pleine et sage.

Paris vu d’ici

Vus d’ici, à Paris, ils ne font que courir / Sérieux tels des papes, pas l’ombre d’un sourire / Filant à toute pompe en de vaines chimères / Film en accéléré dedans la fourmilière.
Vu d’ici c’est certain, on ne pourrait y vivre / Fétus de paille emportés par le troupeau ivre / Sardines dans le métro, collées je te jure / Il faut voir ça au salon de l’agriculture...
Á Paris se loger coûte la peau des fesses / Ils fuient vers les banlieues trouver meilleure adresse / Dans l’anonymat dur de cages à lapins / Deux plombes à la clé pour gagner le turbin !

Vus d’ici ils arborent des pâlottes mines / Perdus corps et âme sous des lueurs chagrines / D’une atmosphère viciée, saturée d’ozone / Dans Métropolis où la foule s’époumone.
Ici les tracas sont légion, les gains modestes / Le crédit agricole n’oublie pas ses traites / Chère mutualité n’est jamais en reste / Et le jour s’éternise en attendant retraite…
Mais on prend le temps de boire au goulot l’air pur / De faire plaisamment pipi dans la nature / On n’a pas, grâce à Dieu, de patron sur le râble / Toujours on aura toit et nourriture à table !

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1.Posté par DERVILLE Patrick le 10/03/2023 19:45 | Alerter
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Je signe comme a l’école, de mon paronyme suivi de mon prénom...pour vous vous dire le plaisir de lire ces lignes si poétiques....
avec un net suffrage pour les sabots et le tablier dans une chronique précédente et également dans cette frontière réenchantée,: un attrait particulier pour "Les vieux garçons" :On devient un peu ours à trimer sans façon / Et de célibataire on passe à vieux garçon…
De même cette vision d'un film d'un Tati (PlayTime) que j'ai eu à la lecture du texte vibrionnant de Paris vu d'ici
Merci a Jean-Pierre Rozier Ethnologue de la ruralité

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