Longtemps décrite comme un espace en retrait, la ruralité française apparaît aujourd’hui sous un jour nouveau. Loin d’être une survivance du passé, elle se révèle, à la lecture de l’enquête Paroles de campagne – Réalités et imaginaires de la ruralité française (juin 2025), comme un laboratoire à ciel ouvert des transformations sociales, démocratiques et écologiques à venir. Un laboratoire fragile, parfois invisible, mais riche d’enseignements pour l’ensemble du pays.
Ces contraintes ne sont pas toujours formulées comme des revendications. Elles sont souvent intériorisées, acceptées comme le prix à payer d’un choix de vie. Car 79 % des ruraux disent avoir choisi leur lieu d’habitation. Mais ce choix s’accompagne d’un compromis implicite : accepter moins de services en échange de tranquillité, d’espace et d’un rapport plus direct au vivant. Ce compromis, largement accepté, devient problématique lorsqu’il se transforme en renoncement durable aux droits fondamentaux.
Le défi est moins celui de l’attractivité que celui des conditions d’installation durable : accès à l’emploi qualifié, à la formation, au numérique, à la mobilité. Sans cela, le risque est grand de voir se creuser un écart irréversible entre territoires « choisis » et territoires « subis ».
Pourtant, la ruralité recèle un capital pratique, technique et expérientiel considérable. Jardiner, réparer, produire, mutualiser, transmettre : autant de savoirs ordinaires qui constituent un socle précieux dans un contexte de transition écologique et de recherche de sobriété.
Cette proximité ne gomme pas le sentiment d’abandon vis-à-vis des institutions nationales. Au contraire, elle le rend plus visible. Le ressentiment rural ne naît pas d’une opposition de valeurs avec les villes, mais d’une impression persistante de relégation. Lorsqu’il n’est pas entendu, il trouve d’autres voies d’expression, notamment électorales.
Pourtant, cette démocratie du quotidien fait de la ruralité un terrain d’expérimentation unique pour repenser la participation, la délibération et la décision publique à hauteur humaine.
Ces pratiques ne relèvent pas d’un militantisme affiché, mais d’un rapport concret au vivant, inscrit dans le quotidien. Elles font de la ruralité un espace d’apprentissage collectif de la transition, fondé sur l’expérience plutôt que sur l’injonction.
Sortir de cette impasse suppose un travail de narration : raconter la ruralité telle qu’elle est, dans sa diversité, ses tensions, mais aussi dans ses ressources. Non pas une campagne idéalisée, ni une campagne plaintive, mais une ruralité lucide, active et inventive.
Investir la ruralité, ce n’est pas seulement réparer des inégalités territoriales. C’est expérimenter, dès aujourd’hui, des réponses aux grandes questions de demain : comment vivre mieux avec moins, comment refaire société à petite échelle, comment redonner du sens à l’action publique.
À bien des égards, l’avenir ne se construit pas seulement dans les métropoles. Il s’invente aussi, discrètement, au bout des routes départementales.
JC Casalegno , Enseignant chercheur, animateur du Laboratoire de Recherche sur les Innovations (Phosphoriales) (LAR)
- Vivre loin, vivre autrement : le quotidien comme épreuve structurante
Ces contraintes ne sont pas toujours formulées comme des revendications. Elles sont souvent intériorisées, acceptées comme le prix à payer d’un choix de vie. Car 79 % des ruraux disent avoir choisi leur lieu d’habitation. Mais ce choix s’accompagne d’un compromis implicite : accepter moins de services en échange de tranquillité, d’espace et d’un rapport plus direct au vivant. Ce compromis, largement accepté, devient problématique lorsqu’il se transforme en renoncement durable aux droits fondamentaux.
- Une ruralité vieillissante, mais loin d’être figée
Le défi est moins celui de l’attractivité que celui des conditions d’installation durable : accès à l’emploi qualifié, à la formation, au numérique, à la mobilité. Sans cela, le risque est grand de voir se creuser un écart irréversible entre territoires « choisis » et territoires « subis ».
- Un capital humain sous-estimé
Pourtant, la ruralité recèle un capital pratique, technique et expérientiel considérable. Jardiner, réparer, produire, mutualiser, transmettre : autant de savoirs ordinaires qui constituent un socle précieux dans un contexte de transition écologique et de recherche de sobriété.
- Une démocratie de proximité qui résiste
Cette proximité ne gomme pas le sentiment d’abandon vis-à-vis des institutions nationales. Au contraire, elle le rend plus visible. Le ressentiment rural ne naît pas d’une opposition de valeurs avec les villes, mais d’une impression persistante de relégation. Lorsqu’il n’est pas entendu, il trouve d’autres voies d’expression, notamment électorales.
Pourtant, cette démocratie du quotidien fait de la ruralité un terrain d’expérimentation unique pour repenser la participation, la délibération et la décision publique à hauteur humaine.
- Sobriété vécue et écologie ordinaire
Ces pratiques ne relèvent pas d’un militantisme affiché, mais d’un rapport concret au vivant, inscrit dans le quotidien. Elles font de la ruralité un espace d’apprentissage collectif de la transition, fondé sur l’expérience plutôt que sur l’injonction.
- Le dernier chantier : celui du récit
Sortir de cette impasse suppose un travail de narration : raconter la ruralité telle qu’elle est, dans sa diversité, ses tensions, mais aussi dans ses ressources. Non pas une campagne idéalisée, ni une campagne plaintive, mais une ruralité lucide, active et inventive.
- Un avenir qui se joue loin des centres
Investir la ruralité, ce n’est pas seulement réparer des inégalités territoriales. C’est expérimenter, dès aujourd’hui, des réponses aux grandes questions de demain : comment vivre mieux avec moins, comment refaire société à petite échelle, comment redonner du sens à l’action publique.
À bien des égards, l’avenir ne se construit pas seulement dans les métropoles. Il s’invente aussi, discrètement, au bout des routes départementales.
JC Casalegno , Enseignant chercheur, animateur du Laboratoire de Recherche sur les Innovations (Phosphoriales) (LAR)

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La ruralité : Laboratoire du futur